UN MINIBUS gris, aux vitres teintées vient d’entrer dans la cour de l’Hôtel de Ville. Une nuée de journalistes est à l’affût. Le service de sécurité de la mairie est sur les dents comme rarement. Hier, Bertrand Delanoë recevait Bill Gates, le fondateur de Microsoft.
En visite éclair dans la capitale, l’homme le plus riche du monde est venu signer un partenariat inédit avec l’Hôtel de Ville. Avant de se rendre à une réunion du Medef puis d’être reçu à 15 h 30 à l’Elysée, Bill Gates, encore membre de la direction de Microsoft pour quelques mois avant de se consacrer pleinement à sa Fondation, est venu officialiser une idylle avec Paris dont les prémices ont commencé il y a près d’un an.
« C’est un homme que j’admire, s’enthousiasme Bertrand Delanoë. Il a fait progresser considérablement la connaissance, le dynamisme économique et les valeurs. » L’alliance avec Microsoft (que l’entreprise n’a pas souhaité chiffrer mais qui devrait représenter entre 3 et 3,5 millions d’euros par an) concernera autant le secteur de l’emploi que celui de la solidarité (voir encadré) . Un « centre sportif numérique » devrait même voir le jour en 2009 à la porte de Montreuil (XX e )… « où j’espère pouvoir me rendre », a déclaré Bill Gates, « fier et heureux » d’avoir signé « un accord unique qui, évidemment, n’est pas exclusif. Nous allons fournir des logiciels Microsoft, mais d’autres logiciels pourront également être utilisés », ajoute-t-il.
« Un partenariat public-privé où chacun garde son indépendance »
Les élus verts et communistes redoutent en effet « un renforcement de la présence de l’éditeur hégémonique. » « Il peut y avoir un partenariat public-privé où chacun garde son indépendance », a rétorqué pour sa part Bertrand Delanoë. « 7 000 des 20 000 postes informatiques utilisés par les services de la Ville possèdent d’ailleurs des logiciels libres », précise un porte-parole de l’Hôtel de Ville.
« Pouvoir s’appuyer sur Microsoft, ce fut un formidable accélérateur », remarque Thomas Sernal, l’un des fondateurs de Baracoda, une start-up installée dans le VIII e . La petite entreprise a mis au point un programme pour écouter la radio sur le logiciel Vista. Depuis un an, grâce au partenariat avec Microsoft, son logiciel a été téléchargé 325 000 fois.
L’idylle avec Bill Gates, elle, n’est pas terminée. Bertrand Delanoë – qui préside le Comité des cités et gouvernements locaux unis (CGLU, union de près de 200 maires) – a en effet invité le fondateur de Microsoft au prochain congrès de la CGLU pour sceller d’autres partenariats caritatifs. « J’ai l’intuition que nous n’avons pas fini de nous revoir et d’entreprendre ensemble », annonçait ainsi le maire de Paris en guise d’épilogue. Quant à l’opportunité d’une telle visite à seulement quarante jours du premier tour… « J’ai dit que je serai maire jusqu’au bout, indiquait hier Delanoë. Jusqu’au 16 mars, je fais mon travail. »