Loin de vouloir bâtir une grande théorie à partir de mon élection de maire de Wattwiller en 2001, je vous propose ces quelques réflexions tirées d’une expérience passionnante de gestion qui a indiscutablement changé mon regard sur un engagement militant chez les Verts de bientôt vingt ans. Contrairement à une organisation écolo, un parti, sert à placer des militants au cœur des institutions, pour y infléchir les décisions politiques qui façonnent la cité : nul doute que les élections municipales sont « nos » élections de prédilection… et c’est encore plus vrai dans le milieu rural en raison du caractère spécifique des enjeux du rural, mais surtout de la nature de l’élection.
En effet, les enjeux du rural font que l’exercice de responsabilités dans une municipalité nous permettent d’y développer nos compétences spécifiques sur des problématiques que nous maîtrisons en général mieux que d’autres. En matière d’environnement, je relève l’urbanisme, qui préserve les milieux naturels et la consommation de terres agricoles, les énergies renouvelables et notamment la filière courte « bois-énergie », la gestion optimale des déchets et plus particulièrement les biodéchets… Sur le plan économique et social, je mettrai en avant le développement humain à travers les services de proximités privés, publics ou associatifs, l’enjeu de la mixité sociale et d’un développement culturel ouvert aux diverses formes d’expression, l’exercice de la démocratie participative… A l’expérience et eu égard les compétences développées au sein des Verts, j’estime que la commune rurale est un terrain plus adapté que la ville pour mettre en œuvre nos intuitions et propositions en terme de développement humain et soutenable.
Sur un plan plus politique, j’observe qu’en raison du vote nominatif les appareils politiques jouent un rôle limité : proximité oblige, la perception de la personne, de ses qualités humaines et de ses compétences, de ses idées… et de la manière dont elles sont vécues concrètement, priment manifestement sur l’étiquette politique. Les rapports de force entre appareils, qui sont prédéterminés au plan national, ne jouent pas… heureusement pour nous !
Je constate également que d’une manière générale, les militants Verts affichent des compétences réelles, supérieures à la moyenne, sur les sujets environnementaux ou sociaux : une capacité d’expertise citoyenne qui est appréciée et reconnue, même si l’on se méfie de notre image « radicale »… Soyons donc sans complexes, d’autant plus que notre pratique de militants politique nous donne une expérience précieuse en terme de prise de parole, conduite de réunions ou d’animation d’équipes.
Enfin la petite taille des communes rurales peut nous permettre beaucoup plus facilement d’accéder aux postes de responsabilité supérieurs, en clair d’exercer réellement un pouvoir de décision sur le développement humain soutenable que nous ambitionnons de mettre en œuvre sur le terrain ! Et force est de constater que les communes dirigées par des Verts se distinguent dans le landernau au niveau de leur gestion et de leurs réalisations innovantes, en général bien médiatisées : à l’heure des bilans, le label « Verts » est un label de qualité en terme de gestion communale, et je regrette que cela ne soit pas valorisé correctement au sein de notre parti… qui semble aujourd’hui, enfin, vouloir sortir de son nombrilisme structurel !
Pour conclure, loin de moi l’idée d’opposer « rats des villes et rats de champs », mais n’oublions pas d’investir le rural, pour y cultiver et récolter les beaux fruits – non OGM – de l’écologie politique !
Jacques Muller, maire de Wattwiller, sénateur Verts du Haut-Rhin